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Dr Françoise Guiot

Les spécialistes en parlent

Dr Guiot
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Dr Françoise Guiot


« J’INCITE MES PATIENTS À SE PROJETER DANS L’AVENIR »

Au-delà de leur rôle de spécialistes appelés à trouver la meilleure solution thérapeutique pour leurs patients, les dermatologues aident souvent à trouver le soutien motivationnel nécessaire pour un traitement plus global du psoriasis. Les soins impliquent en effet bien plus que la sélection du bon médicament, notamment au niveau du stress et du style de vie. C’est ce que nous explique le docteur Françoise Guiot, dermatologue et fondatrice du Centre médical Saint-Georges à Grez-Doiceau.

Pourriez-vous d’abord nous expliquer pourquoi vous avez choisi de vous spécialiser en dermatologie ? Aviez-vous une motivation particulière ?

En effet. Je suis devenue dermatologue à cause de mon expérience personnelle : dès mon plus jeune âge, on aurait pu faire un atlas dermatologique avec tous mes problèmes de peau, dont le psoriasis. Cela m’a sensibilisée au problème. J’ai la chance d’en souffrir de façon limitée et à des endroits fort cachés, mais je comprends donc très bien cette pathologie qui peut être très fluctuante. Chez moi par exemple, c’est le baromètre de mon stress.

À partir de votre expérience personnelle et durant votre carrière, vous avez certainement constaté de grandes évolutions dans les traitements proposés.

Ce qui est formidable, c’est que le psoriasis est une pathologie où il y a énormément de recherches, ce n’est pas du tout une maladie orpheline. Les thérapies progressent d’année en année et j’ai suivi toutes ces évolutions de très près. L’éventail de traitements disponibles s’est considérablement élargi depuis 20 ans.

Vous dirigez un petit centre, où vous prônez une approche holistique en collaborant avec un cardiologue, une podologue et deux infirmières. Comment se passe le premier rendez-vous avec les patients qui viennent vous voir avec des symptômes de psoriasis ?

Dans la plupart des cas, les patients qui viennent pour la première fois ont déjà une petite idée de ce qu’ils ont, même s’il y a des exceptions. Et souvent ils arrivent après un long cheminement, parfois fort désespérés. Lors de ce premier rendez-vous, je prends le temps de retracer l’historique de leur psoriasis et je détermine s’il est associé à d’autres maladies, articulaires, cardiovasculaires, etc. J’analyse aussi les traitements déjà utilisés et avec quel succès. Et j’essaie d’établir un timing, en vue d’éventuelles biothérapies dans le futur, pour lesquelles il faut disposer de dates assez précises. Ensuite, j’explique les étapes de la prise en charge, les traitements locaux, les photothérapies, les traitements systémiques et les biothérapies. Et je détaille la cascade des inflammations, tout en précisant aux patients qu’ils ont la possibilité d’intervenir à différents niveaux de la cascade. C’est souvent la première fois qu’on leur dit qu’ils peuvent agir eux-mêmes, notamment en ce qui concerne leur style de vie. J’aime répéter : « La peau pleure les larmes que les yeux ne peuvent pas pleurer ».

« L’éventail de traitements disponibles s’est considérablement élargi depuis 20 ans. »

Que voulez-vous dire par là ?

Qu’il faut avant tout essayer de soulager le stress intérieur, ce qui permettra de soulager aussi la souffrance extérieure. Le stress joue vraiment un rôle important dans le déclenchement du psoriasis. Et puis, il y a le style de vie qui peut avoir un impact considérable : la consommation d’alcool, l’alimentation, le poids. Sans jamais les brusquer, j’explique aux patients qu’ils doivent essayer de prendre certaines habitudes qui ne leur semblent pas trop contraignantes et en diminuer certaines autres. Parfois je les envoie chez une diététicienne, mais le fait de devoir suivre un régime en rebute plus d’un. Il faut par conséquent savoir les prendre avec plus d’empathie.

Vous appliquez aussi ce que vous appelez l’entretien motivationnel. Comment ça fonctionne au juste ?

C’est une façon d’aborder les gens en utilisant des mots-clés et des reformulations de ce qu’ils vous disent, en les incitant à se projeter dans l’avenir, ce qui peut constituer un atout majeur pour soutenir leur motivation. Ainsi, je demande par exemple à mes patients quelle est la chose qu’ils ne savent pas faire à cause de leur psoriasis et qui leur tient le plus à coeur. Les réponses sont très divergentes, mais je leur donne un traitement et une échéance, dans un avenir pas trop lointain. Ce faisant, ils se projettent vers une date. On cible des objectifs, ils sont le moteur de leur motivation. Dans ce contexte, je pense qu’il est important de bien faire connaître le trajet thérapeutique et les conditions de remboursement des différents traitements en cas de psoriasis, tant chez les patients que du côté des médecins. Cela nous aiderait et cela nous permettrait de gagner un temps très précieux.

« La peau pleure les larmes que les yeux ne peuvent pas pleurer. »

Vous dites donc qu’il faudrait sensibiliser les dermatologues et même les généralistes à se familiariser un minimum avec le psoriasis et les traitements existants. Auriez-vous des conseils à donner aux patients ?

Ne perdez pas courage, il y a certainement une solution à votre problème, ce n’est pas forcément la même pour tout le monde. Adressez-vous à quelqu’un qui fera la démarche de choisir la bonne solution pour vous. N’hésitez pas à prendre un deuxième avis. Et à part ça, prenez soin de vous. Il y a des aliments à effet pro-inflammatoire, comme tous les sucres rapides par exemple, ou les glutens chez certaines personnes. Dans ce cas, il vaut mieux en éviter ou réduire la consommation. Dans le cadre d’une approche holistique, les nutrithérapies semblent pouvoir jouer un rôle précieux. Le but n’est toutefois pas de faire prendre un cocktail de pilules aux patients, mais de considérer sa santé comme un tout, de voir le corps dans son entièreté. Le dermatologue ne doit pas regarder juste la peau. Par conséquent, je suis ouverte à tous les traitements alternatifs, à condition qu’ils fassent du bien au patient, sans lui faire de tort et sans lui coûter des sommes colossales.

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